Essai Manurhin MR 32
Le poinçonneur des lilas !!!
La recette est finalement simple : en associant une arme de conception exemplaire avec un calibre d’une précision démoniaque, on obtient le meilleur révolver au monde.


Un peu d’histoire
L’histoire de la Manufacture du Haut Rhin (Manurhin, c’était pas plus compliqué !) est intrinsèquement liée à l’histoire des armes modernes en France.
Manhurin conçoit, développe et produit des armes depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale. Dans les années 50, la Manufacture était également renommée pour ses scooters.
Juste après la Guerre, Manurhin était en charge de la production des pistolets Walther (PP, PPK et P38) alors que la société allemande n’avait plus le droit de produire d’armes à feux.
Longtemps après la guerre, la police française n’était dotée que d’armes vieillissantes, très en retard par rapport au standard de l’époque, et aux performances anémiques. La plupart des armes en dotation étaient des Unique simple action chambrées en 32 ACP. Leur seule qualité était de pouvoir être dissimulée facilement (pour les forces opérant en civil), mais leur capacité d’arrêt était quasiment inexistante alors que leur capacité de perforation était beaucoup trop importante. Il fut fait état de nombreux accidents (pour ne pas dire bavures) impliquant des tirs ayant touchés leur cible mais les ayant traversées, allaient finir leur course dans des innocents, les blessant voire les tuant.
Bien que les policiers sur le terrain furent naturellement au courant de cette situation, l’administration de l’époque adopta la politique de l’autruche pendant de nombreuses années.
La situation commença à changer lorsque à la fin des années soixante, Raymond Sasia, alors Directeur de la Police Nationale, rendit visite au FBI aux Etats-Unis. Il revint convaincu que les révolvers chambrés en 357 Magnum constituaient la solution pour équiper les policiers qui font principalement usage de leur arme dans des cas de légitime défense.
Il fut donc décider de se lancer dans le développement d’un révolver cent pour cent français. Manurhin se lança donc dans la conception de l’arme au début des années soixante dix en collaboration avec les services techniques de la Police.
Le cahier des charges pouvait se résumer en trois points principaux : le révolver devait être de grande qualité, très robuste, et naturellement très précis. Il pourrait ainsi être utilisé pour les forces de police mais également pour les compétitions sportives internationales.
Cette étude conduisit à la production du MR 73 (en 1973, de nouveau pas très compliqué !).
Le révolver était fait du meilleur acier forgé et il fut et demeure un succès remarquable : il remplissait tous ses objectifs. De nombreux tests de résistance ont été conduits : ils furent stoppés après que le MR73 ait tiré 170.000 cartouches Norma .357 « full power » sans qu’un quelconque changement dans l’arme ou dans les résultants put être constaté ! La durée de vie réelle du MR 73 n’a jamais ainsi pu être établie.
Il s’agit également du seul révolver simple et double action dont le poids de détente peut être réglé, sas double action est par ailleurs l’une des plus souple et agréable du marché.
La précision de l’arme sans aucune préparation (« out of the boxe » comme on dit dans la langue de Shakespeare) est dite match : tout simplement exceptionnel pour une arme de production. Néanmoins, le revers de la médaille à cet idyllique tableau se situe, comme malheureusement bien souvent avec les productions françaises, au niveau des coûts de production : un assemblage exclusivement à la main nécessitant plus de douze heures de travail d’un ouvrier qualifié eurent raison de son succès commercial en France comme à l’étranger. Seules quelques unités spécialisées (GIGN par exemple) ou des tireurs individuels pouvaient se l’offrir. Les autres forces de police se virent dotées de S&W 3 pouces modèle 19 et de Ruger.
Au même moment, des déclinaisons du MR73 furent produites pour satisfaire aux exigences des compétiteurs français et internationaux : le MR38 Match, chambré en .38 wadcutter, le MR32 Match (.32 S&W Long) et le MR22 Silhouette. Manurhin, produisit même un modèle convertible dans les trois calibres.
Dans les années 90, la société Chapuis a racheté la Manufacture : stock, outil de production, pièces détachées et s’occupe désormais de la commercialisation des révolvers Manurhin.
Le MR32 Match que nous allons essayé ici a été produit par Manurhin à la grande époque, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi ce révolver est à mon sens le meilleur révolver de compétition au monde.
Description
Comme tous les révolvers de la gamme Manurhin (MR 73, 38 & 32), le nôtre est fourni dans une boîte en carton bleu, flanquée du logo de la marque.
Le manuel d’utilisation est standard à toutes les armes, sachant que de nombreuses pièces sont interchangeables.
Le révolver est naturellement livré avec une crosse traditionnelle. Je l’ai remplacée par une crosse anatomique de marque Nill, qui procure un confort et une prise en main absolument inégalable.
Finalement peu d’options sont disponibles pour le MR32 : un sabot élargisseur de détente, des feuillets de hausse de différentes largeurs et un contrepoids.
Le canon du MR32 mesure 6 pouces, garantissant une précision optimale.
La carcasse est partagée avec les autres révolvers de la gamme. Seuls diffèrent : le barillet (naturellement) qui ne peut recevoir que des munitions .32 Smith & Wesson Long wadcutter (par opposition au .32 ACP), le canon (naturellement de nouveau).
Il est intéressant de constater que lorsque l’on met côte à côte un MR32 et un MR38, partageant la même carcasse, le canon du MR32 s’ajuste parfaitement à l’extrémité du barillet qui permet d’accompagner l’ogive pendant son vol au sortir de la chambre avant d’entrer dans le canon. La carcasse étant prévue pour équiper les MR73 chambrés en .357 magnum, il était bien nécessaire de récupérer les quelques millimètres d’écart.



Le modèle qui vous est présenté est assez particulier. Tout d’abord, il s’agit d’un MR32 produit par Manurhin (les puristes certifient que la production depuis le rachat par Chapuis n’est plus aussi excellente que par le passé, je n’en sais rien).
Comment savoir si votre Manurhin a été produit part Manurhin ou par Chapuis ? Rien de plus simple : si vous constatez sur le flanc gauche du révolver des tâches rondes rouges sous le bronzage c’est que vous disposez d’une version Manurhin.
Dans l’ensemble l’arme est très bien finie, et brille de tout feu, si l’on peut dire car le modèle dont je dispose fait partie des derniers produits et est mat, bien différents du superbe bronzage bleuté des premiers modèles !
Chaussée d’une crosse compétition, la prise en main est vraiment remarquable.
Le révolver est parfaitement équilibré, pour autant en vitesse, je trouve l’utilisation du contrepoids nécessaire pour contrer l’effet naturel du révolver à vriller.


Le bouton poussoir de barillet fonctionne très bien, permettant de le faire basculer vers la gauche. Toutefois, la taille de la crosse Morini est si imposante, qu’il a fallu passé un petit coup de Dremel pour faciliter l’extraction des douilles après le tir. Bien qu’il s’agisse d’un révolver uniquement dédié à la compétition, six chambres sont présentes : la chambre vide servant à effectuer un tir à sec avant le début de la série, par exemple.
La tige d’éjection remplit également parfaitement son office, même s’il est assez fréquent que l’éjection des douilles soit rendue difficile par le fait que les douilles se dilatent lors du tir dans des chambres aux côtes extrêmement serrées. Il faut alors appuyer/pousser sur la tige en plaçant le révolver perpendiculairement à un support (votre tablette de tir par exemple).
Les organes de visée
Le guidon est glissé dans un rail à l’extrémité du canon, et maintenu par une vis BTR à pointeau. Son changement est très facile. Pour ma part, je dispose de deux guidons de hauteur différentes, que j’intervertis lors des changements de disciplines (précision puis vitesse).
La hausse dispose de marquages très nets et surtout très explicites. Les inscription ‘si H’ et ‘si D’ ne peuvent pas être plus simple à comprendre.
La largeur du cran de mire n’est par réglable, mais des feuillets de largeurs différentes sont disponibles en option.


Réglages
Au titre des réglages, il n’est pas grand-chose à tir si ce n’est que le poids de détente est réglable à partir d’une vis allen située sur la partie antérieur de la crosse (il faut démonter le crosse en bois pour y accéder ou y percer un petit trou).
Pour rappel, le règlement pour les compétitions gros calibres imposent un poids de détente supérieur ou égal à 1000 grammes (modification récente du règlement).

Rechargement
Voilà un sujet qui a fait beaucoup couler d’encre, et pas mal de salive également.
Avant de me mettre à ce calibre magique (n’ayons pas peur des mots !), combien de fois ai-je entendu par mes amis tireurs que le .32 wadcutter était le calibre le plus difficile et le plus délicat à recharger.
Je suis d’un avis tout à fait contraire : pour une fois il n’y a pas trente six recettes comme avec les autres calibres. La poudre : de la BA10 (concernant les essai en Vita, voir les articles http://ithaca.netii.net/tir-sportif/rechargement/trouver-le-meilleur-rechargement-en-32wc-12/; http://ithaca.netii.net/tir-sportif/rechargement/rechargement-32swl/; http://ithaca.netii.net/tir-sportif/rechargement/suite-des-essais-en-32swl-22/), la quantité : 0,08 grammes à 0,09 grammes. Pour ma part, j’utilise 0,085 grammes soit 1,31 grains. Les ogives sont disponibles en deux poids : 5,35 grammes ou 6,35 grammes ? Il faut impérativement sélectionner des ogives à jupes qui ont pour effet de s’écarter dans le canon après le départ du coup pour en épouser parfaitement les parois et ainsi mieux prendre le pas des rayures. Deux fabricants proposent les seules ogives de qualité : Lapua et HN.
Les Lapua sont assez originales en ce qu’elles sont striées verticalement, et parfaitement graissées. Les HN Gold sont recouvert de la pellicule synthétique qui caractérise les ogines de la firme allemande.
Pour ma part j’ai obtenu les meilleurs groupement (97/100) avec des ogives de 6,35 grammes (100 grains), indifféremment Lapua ou HN.
Donc, est-ce plus compliquer de recharger de la 32 wadcutter qu’un autre calibre ? Et bien non, il suffit de disposer d’une balance précise et d’une doseuse adaptée pour la BA10. A part ça, les opérations sont parfaitement identiques qu’avec tout autre calibre.
Je serti toujours très très légèrement les balles, et je laisse toujours dépasser l’ogive de 1,2 millimètres, comme me l’a indiqué un tireur compétiteur du club. Je n’ai jamais essayé autrement.
Et le tir dans tout ça
Dans la mesure où le MR32 est une arme exclusivement dédiée à la compétition, son mécanisme est uniquement disponible en simple action.
Durant les séries de tir, la technique consiste à ne jamais déchausser le révolver (ou quelque soit votre arme) et à utiliser la main faible pour armer le chien.
Celui n’est pas si dégagé que ça lorsqu’une crosse anatomique telle que la Nill est installée.
Il faut toutefois une certaine poigne pour armer le chien, un peu plus de force que pour armer un Colt 1911.
La détente est excessivement franche. Puisque nous utilisons un révolver, il n’y a pas de pré course puis bossette comme sur un pistolet. Dans la mesure où vous ne disposez pas de cette « aide », seule la maîtrise de la pression exercée par votre index vous permet de savoir à peu près où vous en êtes des 1360 grammes à effacer.
L’utilisation d’un sabot élargisseur de détente peut alors s’avérer très utile. En effet, en offrant une surface plus importante à la pulpe de votre index pour écraser la queue de détente, il permet de mieux répartir la pression exercée.
Celui-ci se monte sur la queue de détente existante, et est maintenue en place par l’intermédiaire de deux vis allen. C’est un dispositif dont je ne peux plus me passer.


En tir à sec, le révolver est d’une stabilité exemplaire : rien ne bouge, il faut vraiment le vouloir (gros coup de doigt) pour faire tomber une douille que vous auriez mis en équilibre sur le canon.
C’est en conditions de tir réel que l’on apprécie toute la douceur et la précision du .32 wadcutter avec le Manurhin MR32. Pour ceux qui n’ont jamais vu le résultat d’une cartouche wadcutter en cible, il s’agit d’un trou parfait fait à l’emporte pièce du diamètre du projectile, à la différence des ogives traditionnelles qui font des trous en « cul de poule ». C’est l’ogive idéale pour la compétition dans la mesure où elle permet de visualiser très simplement les scores réalisés. Littéralement wadcutter en anglais signifie coupeur de bourre.
L’intérêt du 32 wadcutter en compétition est multiple : d’une part, cette munition est très douce à tirer, même comparé au 38 (0,15 grammes de BA10), ce qui offre l’avantage évident de moins se fatiguer et de moins appréhender le départ du coup.
D’autre part, les piges utilisées pour le décompte des points sont celles du 38 : donc si votre coup se trouve à 6 dixième de pouce ou moins de la zone de point supérieur, vous devez compter le point supérieur.
La précision est tout à fait remarquable, comme peuvent en attester les résultats obtenus.
En revanche, il est impératif de bien nettoyer son MR32 à l’issue de chaque séance. L’utilisation de balles plomb encrasse naturellement le canon et il est impératif de laisser les rayures bien propres afin que le projectile puisse les prendre sans problème.

D’ailleurs, je me souviens des paroles d’un sergent chef à l’armée qui nous serinait avec son sempiternel : « le soleil ne doit pas se coucher sur une arme sale ». Mettez ce sain principe en application et le MR32 vous donnera énormément de plaisir durant de longues années.
Conclusion
Au-delà d’être pour moi un révolver mythique et beau, le Manurhion MR32 est une bête de concours, que vous ne pourrez jamais incriminer pour de mauvais résultats, sauf à être d’une mauvaise foie indescriptible.
Avec le peu de soin qu’il nécessite, vous pourrez le garder indéfiniment. Il est robuste, mais il est vrai que si vous avez besoin d’une pièce détachée et que votre armurier ne l’a pas en stock, il faudra être patient car Chapuis est très long à livrer. De plus, les pièces sont assez onéreuses.
En revanche, sur le marché de l’occasion, un révolver en très bon état s’échange entre 450 et 600 euros. Préférez naturellement une arme vendue par un armurier, puisqu’il doit la garantir.
Pour info, j’ai publié cet article il y a bien longtemps dans feu Gun’s & Calibres
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octobre 2nd, 2009 at 9 h 41 min
Bonjour,
Je lis avec plaisir à mon rythme les pages. Je commence à commenter sur le site
http://tir.loisir.xooit.fr
p7m13 (miye yelo) est très (très) sceptique sur l’utilité du nettoyage des rayures du canon …
octobre 2nd, 2009 at 9 h 58 min
Je suis très surpris quant à votre retour sur l’utilité du nettoyage du canon : celles-ci participent à placer l’ogive en rotation lui permettant de conserver une trajectoire rectiligne (autant que faire se peut) et tendue. Lorsque les rayures sont emplombées, le canon devient progressivement de plus en plus lisse ce qui influe naturellement sur les conditions de vol de l’ogive.