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Tir sportif & Photographie :-o

Essai Steyr LP5

L’outsider des pistolets 5 coups

LP5 vue de droiteLP5 vue de gauche

Pratiquant depuis quelques années le tir au pistolet 10m, discipline de rigueur et de précision par excellence à la limite de l’ascétisme tant elle requiert humilité et patience pour constater une progression significative, j’avais comme nombreux de mes co-disciplinaires décidé de m’intéressé à cette curiosité que représente le tir au pistolet à air 5 coups.

Bien que les armes à air disposent d’une histoire tout à fait intéressante, peu d’entre nous savent que les compétitions utilisant les armes à air sont très récentes. Les premiers championnats du monde remontent à moins de vingt ans, et cette discipline fut introduite aux Jeux Olympiques en 1988. Mais les compétitions d’armes à air connaissaient depuis longtemps des finales passionnantes et des défaites du dernier coup !

Pour des raisons technologiques mais avant tout historiques et politiques, les armes à air se développent massivement au terme de la deuxième Guerre Mondiale, avec l’ensemble des sanctions et restrictions imposées à l’Allemagne en matière de production d’armes à feux.

Il est donc tout à fait logique que les deux premières sociétés à s’illustrer par la production d’armes à air de compétition soient allemandes : Feinwerkbau (FWB) et Walther, en offrant respectivement les pistolets FWB 65 et Walther LP3. En apparté, rappelons que LP est l’acronyme pour Luft Pistol, dans la langue de Goethe, de qui, dans celle de Molière se traduit littéralement par pistolet à air. Pas très original, j’en conviens !

Sans revenir sur les évolutions technologiques qui firent passer ces armes de la technologie du piston comprimant l’air, à celle du gaz carbonique (CO2) jusqu’aux armes actuelles utilisant l’air comprimé comme gaz propulsant, rappelons toutefois que d’autres acteurs sont venus titiller l’excellence teutonne : je pense particulièrement à l’école italienne qui a su nous offrir des armes excellentes au travers de marques telles que Pardini (avec le remarquable K2, puis K2S), Domino ou FAS ; suisse grâce aux sociétés Hämmerli ou encore Morini (avec l’excellent 162eI à détente électronique) et naturellement autrichienne dont le porte étendard se nomme Steyr Manlicher, plus récemment renommé Steyr Sportwaffen (armes de sport).

La société Steyr

L’histoire de la société Steyr débute en Autriche au milieu du dix-neuvième siècle. Les ingénieurs Ferdinand Ritter von Mannlicher et Otto Schönauer s’associent au fabricant d’arme Josef Werndl. Arms pour créer l’entreprise qui se fera rapidement une renommée mondiale dans la conception, le développement et la production d’armes à feu à destination à la fois militaires et policières puis sportives. Quelques noms résonnent nécessairement aux oreilles des tireurs ou des passionnés : le fusilsd’assault Bull-Pup à lunette intégrée Steyr Aug, le Steyr Elite destiné aux tireurs d’élite, ou encore le pistolet semi automatique Steyr M-A1.

C’est à partir de 2001, que l’entité spécialisée dans les armes sportives s’est séparée de la maison mère Steyr Mannlicher pour créer Steyr Sportwaffen.

La société s’est illustrée à de nombreuses reprises en fournissant aux tireurs de compétition des armes avec lesquelles des médailles prestigieuses ont été remportées. La liste exhaustive serait trop longue à citer, mais on peut toutefois citer les Jeux Olympiques d’Athène en 2004 où Steyr s’est emparé des médailles d’or et d’argent homme et femme, et pas moins de 20 médailles aux différents championnats du monde organisés en 2003 et 2004.

Il faut néanmoins reconnaître que depuis quelques années, et mis à part la prédominance du pistolet Steyr LP10 , la firme autrichienne donnait plus l’impression, comme Feinwerkbau par ailleurs, de consacrer ses efforts de recherche et développement sur les armes d’épaule au détriment des pistolets.

Voyons comment ce LP5 répond aux critères d’exigence des tireurs adeptes d’une discipline disposant de critères d’excellence tout à fait spécifiques.

Les nouvelles disciplines

Aujourd’hui, les plus hautes instances sportives internationales ont décidé d’introduire deux nouvelles disciplines air qui requièrent l’utilisation d’un pistolet hautement précis et performant : la vitesse et le standard.

La vitesse ressemble à un mélange de la vitesse olympique et de la partie tir du biathlon. En effet, il s’agit de lâcher cinq coups en dix secondes sur cinq cibles basculantes d’une largeur de 59,5mm (soit le diamètre de la zone du 9) et équidistantes de 30cm. Une série est constituée pour les hommes de huit séries de cinq coups (soit un total de 400 points), et pour les femmes de six séries de cinq coups (soit un total de 300 points). A l’ordre ‘Chargez’, le tireur dispose d’une minute pour charger son pistolet, puis dans le cas d’une ciblerie mécanique, l’arbitre utilise le commandement « 3-2-1- Tirez ». Le tireur dispose alors de 10 secondes pour tirer ses 5 coups. Au bout de dix seconde, l’arbitre annonce « Stop » et tous les tireurs doivent stopper le tir. Tout coup lâcher après le commandement « Stop » ne serait pas comptabiliser. Dans le cas d’une ciblerie électronique, c’est le système qui par un système de lumière indique aux tireurs la plage des dix secondes, les commandements de l’arbitre restant identiques.

La comptabilisation des points est simple : au terme de chaque série, l’arbitre compte le nombre de cible abattue. Comme pour le biathlon, l’objectif est de faire tomber la cible : pour cela il faut quand même viser le centre (c’est-à-dire le 10) même si la surface de celle-ci est équivalente à celle du 9. Enfin, la « chorégraphie » est identique à celle de la discipline de la vitesse olympique en ce sens que le tireur doit effectuer une rotation du bassin en cinq temps de la droite vers la gauche pour aligner son bras et son arme successivement sur les cinq cibles, en partant de celle la plus à droite.

La discipline dite standard impose quant à elle au tireur de lâcher cinq coups sur la même cible dans un délai de dix secondes. Comme pour la vitesse, les hommes doivent lâcher 40 plombs, les femmes trente. Les commandements de tir sont identiques à ceux précédemment évoqués. La comptabilisation se fait sur le total de points réalisés par carton au terme de chaque série.

Pour les deux disciplines, le temps de préparation est de 3 minutes, avec autant de coups tirés que souhaités. L’une des particularités de ces nouvelles disciplines était jusqu’il y a encore peu, qu’aucune restriction n’était imposée quant au poids de la détente. Depuis peu, le poids de détente minimum s’est retrouvé mis en conformité avec celui de la discipline 10m, c’est à dire 500 grammes. Le poids total du pistolet quant à lui ne doit pas excéder 1500 grammes, et celui-ci doit tenir dans une boîte aux dimensions standards mesurant 420mm x 200mm x 50mm. Enfin, les restrictions relatives à la taille et la forme de la crosse sont identiques à toutes les autres disciplines du tir sportif, à l’exception du pistolet libre.

Le Steyr LP5 de l’extérieur

Le Steyr LP5 est le pistolet idéal pour qui souhaite s’initier puis concourir dans les disciplines mentionnées plus haut. Il peut également servir pour l’entraitement aux compétitions nécessitant l’utilisation d’un pistolet semi automatique (ou d’un révolver).

Le LP5 est livré dans une mallette tout à fait traditionnelle en ABS noir.

Celle-ci renferme en plus du pistolet deux cartouches d’air non équipées de manomètre, d’un embout adaptateur destiné au rechargement des dites bouteilles, de deux chargeurs 5 coups en aluminium, d’un ensemble de clés allen et tournevis, ainsi que deux joints toriques de remplacement.

Chargeur 5 coups et tir à secContrepoids

Naturellement, le tout est complété d’une notice sur l’utilisation de l’arme qui est très bien illustrée et dont la traduction en français est de très bonne facture.

Quatre accessoires principaux sont disponibles en option : un chargeur mono coup destiné à utiliser le LP5 pour la discipline un coup, un chargeur 5 coups d’entraînement, permettant le tir à sec sur les 5 coups (impossible à réaliser sans cet accessoire), un contrepoids bien utile pour compenser les mouvements du pistolet, et enfin un deuxième bloc détente. Celui fournit en standard avec le pistolet permet de régler le poids dans une plage allant de 200 à 600 grammes. Un autre bloc permet quant à lui de choisir un poids situé dans une plage allant de 600 à 1400 grammes. Le bloc détente est l’un des mécanismes le plus complexe de tout pistolet, et certainement le plus fragile du Steyr LP5. C’est pourquoi il est recommandé aux tireurs souhaitant (ne pouvant) disposer que d’un seul pistolet pour toutes les disciplines  de s’équiper avec un second bloc et d’éviter ainsi les multiples réglages qui s’avèreront à court terme et à coup sûr source de nombreux et pénibles dysfonctionnements.

Les dispositifs anti-recul

Afin d’éviter autant que possible le « recul » du pistolet, le LP5 est équipé d’un compensateur ayant pour effet de diminuer les effets perturbateurs du gaz de propulsion à la sortie du frein de bouche, d’un canon porté et ventilé, et de contrepoids additionnels pouvant être monté le long du canon à la convenance de chaque tireur.

La détente

Le bloc détente représente la vraie grosse déception du Steyr LP5 : même si la queue de détente peut être réglée dans presque toutes les directions, d’une part la matière utilisée n’est clairement pas à la hauteur ni de la réputation de sérieux de Steyr, ni du prix payé pour le pistolet. Celle-ci semble recouverte de la même couche de peinture argentée qui recouvrait les jouets en plastique de mon enfance, et qui s’écaillait après quelques jours d’utilisation. D’autre part, celle-ci fait apparaître un jeu significatif sur toute la précourse, qui je l’espère n’aura pas d’incidence sur la précision du tir.

Pour être tout à fait franc, ayant été mis en garde par l’armurier quant au fait que le bloc détente était assez capricieux dès que l’on s’avérait d’en modifier les réglages d’origine, je ne me suis pas jeté sur les tournevis et autres clés allen pour les changer.

Détail du bloc détente

La crosse

La mienne est un modèle Morini, aussi confortable qu’un chausson.

Le repose paume peut naturellement s’ajuster à la largeur de la main, et la crosse est ajustable dans les trois dimensions, même si  je trouve qu’il est très difficile d’obtenir deux fois de suite le même réglage, en dehors des réglages extrêmes en buté.

Les organes de visée

Pas de mauvaise surprise : il sont vraiment de très bonne qualité, malgré l’habitude à prendre de la signification en allemand des lettre T, F, L, et R (bas, haut, gauche et droite).

La ligne de mire peut être ajustée entre 307 et 350mm. Il s’agit d’un dispositif très pratique permettant de garantir une meilleure précision.

De la même manière la largeur du cran de mire peut être ajustée de 2 à 7mm, ainsi que la profondeur (qui peut être réglée de 1,8mm à 2,6mm) afin d’offrir au tireur la meilleur image pour garantir la meilleure précision.

Le guidon quant à lui mesure 4,5mm de large et peut être déplacé pour modifier la longueur de la ligne de mire.

Avant de passer aux essais en dynamique, je regrette vraiment que le tir à sec sur les 5 coups ne puisse être effectué qu’après l’acquisition d’un chargeur spécifique. Encore une fois, pour une arme de ce prix, cette absence remarquée car d’autant plus importante pour ces disciplines passe vraiment pour de la mesquinerie.

Les organes de viséesLes vis de réglage

En phase de tir

Le chargement s’effectue après avoir « graillé » le chargeur en aluminium des cinq plombs. Pas de risque d’insérer les plombs dans le mauvais sens, les chargeurs sont équipés d’une sorte de détrompeur.

Avant d’insérer le chargeur de la gauche vers la droite, il faut armer le pistolet en tirant la « culasse » vers l’arrière en poussant les deux ergots situés le long de la fente dans lequel le chargeur va ensuite être inséré.

Une fois les cinq coups lâchés, le chargeur se retire en le faisant glisser vers la gauche tout en appuyant sur le petit levier situé sur la fente (« puis ») de chargement. Pour information, si le chargeur a été enlevé de cette manière, le pistolet est chargé, c’est-à-dire qu’il ne sera pas nécessaire d’armer la culasse lors de l’insertion du prochain chargeur.

Enfin, le chargeur ne peut pas lui aussi être inséré dans le mauvais sens puisqu’il est également équipé de détrompeur.

Levier d'armementRampe d'alimentation

En phase de tir, et malgré le jeu constaté sur la précourse, le Steyr LP5 est d’une stabilité exceptionnelle ! Les différents éléments contribuant à limiter le recul de l’arme remplissent parfaitement leur fonction. La détente nécessite une très courte phase d’accoutumance à son fonctionnement : en effet, il faut très légèrement libérer la pression de l’index après le départ d’un coup pour permettre au mécanisme de réarmer. Néanmoins, une fois cette habitude acquise, cela devient un réflexe et l’on ne se laisse plus surprendre par le coup suivant qui ne veut pas partir !

Mon objectif n’est pas de donner un cours sur la ou les techniques à utiliser pour obtenir de bons scores dans ces deux disciplines. Retenez simplement que les dix secondes imparties sont amplement suffisante pour scorer de manière tout à fait honorable. En comparaison c’est votre premier coup qui doit être le plus long à partir : d’une part car vous devez monter l’arme en cible pour la seule et unique fois ; et que d’autre part, vous pouvez et devez assurer un dix ou une cible basculée. A ce sujet, je fais le point sur le guidon à mi distance entre le moment où mon bras quitte la position du repos et le moment où j’atteins la zone de lâcher. Ainsi, sans bouger la tête j’aligne les organes à mi distance puis j’accompagne visuellement durant tout le reste de la montée. Enfin, je ne dépasse pas la cible en montant, je positionne directement mes organes de visée dans ma zone de lâcher. Ensuite, il faut lutter encore et toujours contre la volonté de vouloir provoquer le départ du coup : comme en précision, c’est en appuyant progressivement sur la queue de détente que vous assurerez le dix, même s’il faut accélérer globalement la manœuvre pour lâcher les cinq coups dans les 10 secondes fatidiques.

Cone inverséLes trous d'évent du canon

Standard comme vitesse se résument à un seul mot : le rythme. Avec un peu d’entraînement, vous serez vite capable en écoutant simplement vos camarades tirer de juger de la qualité de leur prestation.

Concernant la vitesse, de nombreux champions parlent de chorégraphie comme clé supplémentaire du succès. Il est vrai que seul le bassin doit se déplacer en rythme, le bras restant dans le même prolongement du corps entre premier et le dernier coup tiré. Du point de vue du réglage du pistolet, il se peut que vous ayez besoin de donner quelques clics afin de vous aligner sur le centre de la zone noire au moins pour le premier coup !

Ci-dessous une petite vidéo du lp5 en tir à sec :

En conclusion

Pour qui souhaite se lancer dans la découverte des disciplines de vitesse à 10m, le Steyr LP5 est une excellente alternative aux modèles plus récents et forcément plus coûteux que sont par exemple le LP50 (du même fabricant, notons à ce sujet qu’une version électronique vient tout juste d’être commercialisée) et le Feinwerkbau FWB55 dont la fiabilité sur le long terme est mise en cause par de nombreux tireurs

Il reste néanmoins intéressant de constater qu’au moment où la Fédération Française de Tir commence à promouvoir ces nouvelles disciplines, son homologue allemand annonce l’arrêt des compétitions officielles de l’autre côté du Rhin. Même s’il ne faut en tirer aucune conséquences au plan international rien n’indique une quelconque modification quant à la pérennité de ces discipline, ne faudrait-il pas y voir en France une forme de préparation à la mise en place d’une législation encore plus dure pour les tireurs sportifs auxquels on offrirait une version édulcorée de disciplines utilisant traditionnellement des armes à feu ?

Voilà une vision plutôt pessimiste que je contrebalance aussitôt en pensant qu’il s’agit certainement d’amener au tir des jeunes désireux de s’essayer à des disciplines certes exigeantes mais toutefois beaucoup plus « amusantes » que le traditionnel 10m, sans pour autant se heurter aux toujours plus lourdes démarches administratives nécessaires à l’obtention d’une autorisation de détention.

Si tel était le cas (et j’en suis convaincu), cette approche n’en serait que renforcée si les fabricants (sous l’impulsion des différentes fédérations nationales) pouvaient proposer leurs armes à des prix plus abordables.

Enfin, compte tenu du haut niveau de technicité de ce type de pistolet, je ne saurais que trop vous recommander de l’acheter à un armurier (arme obligatoirement garantie) ou bien d’exiger de votre vendeur une preuve d’une récente révision.

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